Sursis pour une bécasse

Novembre 1966 – Février 1969

Ce jour-là, je n’avais pu me décider à l’achever. Je l’avais ramenée vivante, à la maison et toute la famille avait fondu de tendresse devant la merveilleuse expression de fierté et de douceur de ses grands yeux noirs. Malgré son inquiétude d’un bruit trop fort ou d’un geste trop brusque, elle avait accepté les caresses des enfants et parfois même, en avait fermé les yeux de plaisir.

Cependant, je comptais bien en finir le soir, lorsque je serais seul, mais je redoutais les questions qui me seraient posées le lendemain matin. Alors je retardai le geste fatal. Tant et si bien que je lui donnai – pour une seule nuit, pensai-je – une semi-liberté dans, le jardin bien enclos.

Mais le jardin était grand et la bécasse ne fut retrouvée que quelques jours plus tard. Quelques jours qui ne lui avaient guère fait perdre de poids et qui l’avaient laissée remarquablement gaillarde, à tel point que son geôlier décida de lui donner sa chance. Puisque l’on a tant dit et tant écrit, et qu’il est d’ailleurs  tant prouvé sur la faculté de guérison de ces beaux oiseaux, pourquoi donc ne pas donner sa chance à celui-ci ?

Mais, avant de le relâcher, je lui enroulai, autour de la patte, une  petite bague d’acier sur laquelle, au préalable, j’avais gravé le minimum de mon nom el de mon adresse.

Jo Alexis

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