Edito La Mordorée – Avril 2020

Noël Lefeuvre, notre président d’honneur, nous a quittés. Alors que le Coronavirus sévit et nous oblige au confinement, il s’est paisiblement endormi pour toujours. Nous pensions tous que le « Menhir », amical surnom qui était le sien, était indestructible, tant son appétit de vivre était grand. Malheureusement la camarde en a décidé autrement et elle est venue le chercher à l’aube de ce printemps renaissant.

Noël avait fait une entrée, hors du commun, tout en surprise, au sein du Club National des Bécassiers. En effet, suite à son adhésion récente au CNB, à l’assemblée générale qui suivit, le 20 mai 1984 à Hyères, il se fit élire administrateur et, dans la foulée, ses pairs le portèrent à la présidence du club. Il succédait ainsi à Pierre Rochette qui ne souhaitait pas briguer un autre mandat.

Déjà cette entrée fracassante au sein de notre association dénotait, chez Noël, une certaine obstination faisant fi des critiques qui ne manquaient pas.
Notre breton était têtu et, durant ses dix ans de présidence, il n’eut de cesse de faire grandir le club et œuvrer pour sa reconnaissance dans le monde cynégétique. De 1733 membres à la prise de sa fonction, les effectifs allaient passer à 4198 quand il quitta son siège de président, à l’assemblée générale de Saint-Malo, dans sa Bretagne de cœur. Il avait réussi à hisser le CNB dans le clan des associations spécialisées les plus importantes.

Dès 1986, il lance l’idée d’une gestion de la bécasse sur le plan international. Le rapprochement avec d’autres bécassiers européens (italiens, espagnols, portugais, pays nordiques, …) est entrepris. En 1989, une convention est signée avec l’association italienne le « Club della Beccaccia », instituant un travail commun sur la bécasse. Cette volonté de rapprochement avec d’autres structures bécassières l’amènera, en 1987, à signer une nouvelle convention avec le CBQ, le Club des Bécassiers du Québec. Il parlait déjà de jeter les bases d’une Fédération des Clubs Nationaux de Bécassiers.

S’il voulait faire grandir le club, il n’en oubliait pas la bécasse et sa connaissance qui devait être développée. Il souhaitait que le CNB soit pionnier et novateur dans ce domaine. En 1986, sous son impulsion, une convention est signée avec l’ONC, l’Office National de la Chasse afin d’insérer dans le numéro d’octobre de la Mordorée une fiche « Relevé annuel des sorties de chasse ». Chaque membre devait abonder un fichier national en fournissant des renseignements sur ses sorties de chasse et sur les oiseaux prélevés. Cette collation allait servir à mieux appréhender l’état des populations hivernantes chez nous.

Pour aller encore plus loin dans ce projet, il crée, en 1988 une commission scientifique. En 1991, il en confie les rênes à Jean-Paul Boidot. La récolte des ailes qui permettait de suivre l’âge des oiseaux était lancée. 250 échantillons furent fournis et lus durant la saison 91/92, première année de mise en place de cette opération. 2 ans plus tard, 4000 ailes étaient adressées à Jean-Paul.

La restructuration interne était également une de ses préoccupations. Dès 1986, dans son rapport moral, il parle des associations départementales des membres du CNB. Les délégués sont chargés de réunir les adhérents, d’animer les sections, faire de ces sections le véritable bras armé du CNB dans les départements.

A l’assemblée générale de Rodez, en 1990, il souhaite aller encore plus loin. Il propose d’élargir cette organisation au niveau régional. Ainsi le CNB calquait ses structures aux fédérations régionales de chasseurs. Le CA devait évoluer dans ce sens. De 15 administrateurs on passa à 20 administrateurs issus des différentes régions françaises.
On connaissait l’attachement de Noël aux belles lettres. Pas étonnant alors de noter l’attachement viscéral qu’il avait pour l’organe emblématique de communication du club qui reliait tous les membres : la Mordorée.

Il avait décidé, pour faire encore mieux connaître le club, d’adresser à toutes les préfectures, via les Directions Départementales de l’Agriculture, notre revue. Quittant ses fonctions de président, il en devint le rédacteur en chef. Scrupuleux sur la qualité de chaque article proposé aux lecteurs, il en vérifiait l’orthographe, proposait quelquefois aux auteurs une réécriture permettant ainsi de mettre en valeur chaque écrit.

Nous lui devons également la parution du livre la « Mordorée » qui devait fêter les 40 ans d’existence du club.

Pour terminer cette évocation, on pourrait aussi citer la création des « Bécasses d’or et d’argent », véritable « Légion d’Honneur » du bécassier, comme aimait à le dire Noël, venant honorer un membre méritant ou toute personne ayant œuvré pour aider à la renommée du CNB.

Il ne souhaitait s’installer durablement dans le fauteuil de président. C’est pour cela qu’il avait proposé qu’au-delà 72 ans, on ne puisse plus rester à la tête du CNB. Cette limite d’âge, il n’eut pas à se l’appliquer, décidant lui-même de céder sa place en 1994, à l’âge de 71 ans.

10 ans, c’est long mais à la fois très court quand on songe à tout ce qu’il a mis en place, tout ce qu’il a apporté pour faire grandir le CNB.

Noël, avec ton départ, c’est un peu de notre histoire qui s’en va.

Tu faisais partie des « vieilles tiges ». Tu avais un caractère bien trempé, quelque peu autoritaire, mais le Club National des Bécassiers, ton club auquel tu as consacré une partie de ta vie te doit beaucoup.

Au revoir Noël, peut-être vas-tu retrouver Georges, Louis, Pierre, Jean-Paul, Jean-Pierre. Je suis certain que la bécasse et le CNB pour lesquels vous avez œuvré seront au centre de vos discussions éternelles.

A ses enfants, à ses petits enfants, les membres du CNB adressent leurs sincères condoléances.

 

Bruno Meunier
Président du CNB