La Mordorée – Edito – Octobre 2019

A l’heure de la rédaction de cet éditorial, certains d’entre vous auront déjà débuté leur saison bécassière. Les autres scrutent, avec quelques angoisses, le ciel désespérément clair. La sécheresse sévit dans bon nombre de départements et la pluie qui ameublirait les sols se fait encore attendre. Le mois d’octobre et les premiers passages arrivent, augurons qu’un changement de temps rende nos territoires enfin attrayants pour les voyageuses nous arrivant de leurs lointaines contrées de nidification.

Les incendies russes ont fait craindre, durant un moment, un danger potentiel pour la gente bécassière. Jean-Louis Cazenave, à travers son bulletin météo, nous a rassurés, montrant que cela n’avait pas touché les zones de reproduction de notre oiseau. Tous les voyants sont au vert, la météo sur les lieux d’accueil reste la seule inconnue.

Cette saison verra la mise en place des premières résolutions de la réforme de la chasse. Après une expérimentation dans 7 départements, l’utilisation de l’application « Chassadapt » est ouverte à tous les chasseurs de l’Hexagone pour recueillir, entre autre, les prélèvements bécasse.

Beaucoup de voix se sont élevées et s’élèvent encore contre l’utilisation de cet outil moderne de saisie. Bousculer les habitudes n’est pas ancré dans nos gènes et les changements sont toujours assez mal perçus.

Pourtant, à y voir de plus près, cette application offre des avantages quand on compare son utilisation à celle du carnet papier. Le premier, et non des moindres, est celui d’abonder automatiquement la base de données nationale sans avoir à redonner, en fin de saison, son carnet de prélèvement. Quand on voit le pourcentage de retour actuel, bien en deçà des 80% nécessaires pour en tirer une quelconque conclusion scientifique, on ne peut que s’en réjouir.

Le second avantage est d’éviter les doubles carnets. Certains, afin de contourner la loi et de pouvoir prélever des oiseaux au-delà des PMA fixés, arrivaient à se procurer deux carnets. L’application « Chassadapt » verrouille le système. Maintenant, un chasseur = une application.

Le troisième avantage concerne la possibilité d’envoyer des informations à chaque chasseur. Des conditions météorologiques particulières peuvent entrainer une prise de décision d’une diminution du PMA ou même d’une interdiction de la chasse. L’utilisateur de l‘application est averti, celle-ci restreint automatiquement le nombre de prélèvements à rentrer ou se bloque signifiant que la chasse à la bécasse est momentanément suspendue.

Bien évidemment, à côté de ces avantages, des inconvénients existent. Tous les bécassiers ne sont pas possesseurs d’un smartphone et ne peuvent donc utiliser l’application. Il est donc indispensable de laisser le choix à chaque chasseur d’opter ou non pour cet outil. W. Schraen, que j’interrogeais à ce sujet, m’a répondu que, durant une dizaine d’années, ce choix resterait possible.

Cette application est forcément liée à la gestion adaptative des espèces. En ce qui concerne la bécasse, devons-nous en avoir peur ?

Non, si on s’en réfère simplement au plan scientifique. Pour l’instant, les populations bécassières ne sont pas en danger. Plus de vingt ans de suivi démontrent qu’elles sont plutôt stables et rien ne pourrait justifier une quelconque restriction dans l’acte de chasser cette espèce.

Oui, si le politique s’en mêle et passe outre les suivis scientifiques. A ce moment là, nous entrons dans le monde du ressenti, du lobbying, du « magouillage » politique qui ne repose plus sur aucun socle solide. La porte est ouverte à tous les excès dans un sens ou dans l’autre.

Le Club National des Bécassiers, nous le répétons, nous l’assénons, n’est que source de propositions. Mais nous avons notre mot à dire et nous continuerons à le faire, même si certains esprits chagrins voudraient nous faire taire. Assumons nos positions, communiquons nos travaux, montrons qui nous sommes, avançons sans coup faillir. Au moins, nous pourrons marcher la tête haute, avec la certitude que nous avons fait notre devoir même si, tous nos voeux n’étaient pas exaucés.

Je souhaite à tous et à toutes une excellente année bécassière, pleine d’émotions à la poursuite de notre reine des bois, la bécasse.

Bruno Meunier