Edito Avril 2022

Édito Mordorée avril 2022

La chasse française traverse de fortes turbulences. Des nuages noirs s’amoncellent et ne présagent rien de bon.

Après une attaque en règle contre les chasses traditionnelles avec en ligne de mire leur disparition englobant les chasses au filets verticaux et horizontaux de la palombe dans le Sud-Ouest, après la disparition de la chasse de certaines espèces, après la confirmation par le Conseil Constitutionnel qu’il était bien du seul ressort des chasseurs d’indemniser les dégâts agricoles causés par le grand gibier, d’autres problèmes se profilent à l’horizon.

J’évoquerai, tout d’abord, l’interdiction des munitions au plomb dans un rayon de 100m autour d’une zone humide à compter du 15 février 2023. Un point d’eau, une mare, un terrain inondé quelques jours par an, un ru à sec une grande partie de l’année, entreront-ils demain dans le périmètre interdit ? Des discussions sont en cours sur la définition de ces zones humides. A terme, ce sera l’interdiction totale du plomb sur l’ensemble du territoire national, entrainant, sans aucun doute, la disparition de nombreux nemrods. En effet, une arme ancienne n’acceptera pas les munitions de substitution et devra être changée. Le chasseur, un peu âgé fera-t-il l’effort financier ?

Une seconde mesure, imposée une nouvelle fois par l’Europe, va bientôt arriver. Je veux parler de l’obligation de mettre en protection forte 10% du territoire national. Les premières réunions ont eu lieu sur le sujet. Une déclinaison régionale voire départementale est prévue. Quand on sait que les Parcs Nationaux n’occupent qu’un peu plus de 2% de la surface hexagonale, nous avons quelques craintes à avoir si cette règle des 10% est applicable au département. Vous l’aurez compris, dans ces « réserves » à protection forte, l’activité chasse sera bien évidemment interdite.

Je ne peux non plus taire ce dramatique accident de chasse survenu ces jours derniers dans le Cantal. On a assisté à un déchaînement anti-chasse, à un niveau jamais atteint jusqu’à présent dans les médias et sur les réseaux sociaux. Une grande idée de nos opposants a refait surface : l’interdiction de la chasse les week-ends et durant les vacances scolaires.

Le tableau dressé est sombre et les sujets de satisfaction se font rares. Certains, en lisant cet édito, penseront que je m’éloigne de notre passion commune qu’est la chasse à la bécasse.

Mais si on y réfléchit de plus près, pas tant que cela.

Les populations bécassières se portent bien. Des échos de la saison qui vient de s’écouler laissent à penser que ce fut, une nouvelle fois, une très bonne année. Les oiseaux ont, semble-t-il, visité en nombre notre pays. Il faudra attendre le bilan complet de la saison pour confirmer ces impressions.

Malgré les bonnes nouvelles concernant notre oiseau, le rouleau compresseur est en marche. Il continue d’avancer sur la cynégétique, sans discernement, avec comme seul carburant un idéologisme partisan, sectaire, fondé sur des contres vérités évidentes.

Si la bécasse n’est pas encore passée sous le rouleau de l’idéologie verte, tôt ou tard, soyez en assurés, la question se posera. Oiseau migrateur, sa chasse fera débat au même titre que d’autres.

Seul un argumentaire sérieux, basé sur des vérités scientifiques pourra peut-être nous sauver. Le CNB a, depuis longtemps, compris cela et il a tout mis en œuvre pour récolter des données, approfondir ses connaissances sur la bécasse, proposer une gestion raisonnée de l’oiseau en mettant en place le PMA.

Participer aux différentes enquêtes du club n’est plus un devoir mais devient une obligation. Notre force réside dans notre réseau de correspondants. Il doit s’amplifier. Plus nous serons nombreux à participer aux enquêtes, plus nous aurons des chances d’échapper à cet engin destructeur. Nos travaux, dont certains se font en partenariat avec l’OFB sont reconnus.

Dans cette morosité ambiante, un rayon de soleil est apparu. Nous venons de récupérer notre agrément au titre de la protection de l’environnement. Le Club National des Bécassiers peut s’enorgueillir de faire partie des 48 associations nationales détentrices de ce sésame. C’est une grande victoire collective et chacun d’entre nous peut être fier d’y avoir collaboré.

Comme vous le constatez, l’actualité cynégétique est particulièrement importante et je ne doute pas que nous serons nombreux à participer à notre congrès qui se tiendra à Bourges pour la commenter.

Deux ans sans se voir c’est long ! A très bientôt donc dans le Cher.

 

Bruno Meunier

Président du CNB